Recherche et exploration 

02/10/2018

Voici une page pour partager de petits moments autour de nos formations et vous laisser jeter un petit coup d'oeil chez nous.

Dans ce premier article autour d'une expérience scientifique réalisée cet été, durant le stage de découverte sensorielle du monde, je voudrais vous parler de quelque chose qui me tient à coeur : la posture tout à la fois de l'enfant en exploration sensorielle et de l'adulte-chercheur. L'un en constante quête de compréhension du monde, l'autre en recherche de la manière la plus efficace d'apporter ce monde au coeur de l'environnement de l'enfant.

Une petite vidéo que j'aime énormément pour commencer : 

Alors, pourquoi cette vidéo me plait-elle autant? Déjà pcq elle montre les adultes de la formation dans les chaussures de l'enfant explorateur. On entend bien dans leur dialogue, elles recherchent quelque chose (submerger la bougie) qui n'était pas prévu par l'expérience de base.

En tant que formatrice, j'avais préparé un plateau, pour que mes étudiantes puissent directement observer ce que l'expérience permet de mettre en valeur : la bougie de la bonne taille, la bonne quantité d'eau, le récipient et la bouteille adaptés. Pendant ce temps de TP, une fois l'expérience explorée, elles ont voulu en modifier les critères jusqu'à faire suffisamment monter l'eau dans la bouteille pour "noyer" la bougie. Cette vidéo se place à leur 3ème ou 4ème tentative, de mémoire, plusieurs critères ayant été modifiés, jusqu'à cette belle montée de l'eau dans la bouteille, par dessus la bougie (et sa mèche ;-) ).

Du point de vue du formateur, comme du point de vue de l'adulte dans un environnement Montessori (ici, en maternelle), le matériel doit permettre l'exploration, sans être détourné de ce pour quoi il a été mis en place. Il y a plusieurs raisons qui font qu'on évite que l'enfant ne détourne le matériel pour en faire autre chose que ce pour quoi il a été mis en place, on pourra en discuter dans un autre article. Dans le cadre de la proposition de sciences en maternelle, l'expérience va (le plus souvent) être proposée sur un plateau, avec tout le matériel nécessaire, sans négliger l'aspect sécurité. Là par exemple tout le matériel nécessaire à l'expérience, bien sur, mais aussi un bandeau et un élastique à cheveux, pour éviter d'enflammer une mèche par mégarde, danger bien plus réel que la brulure lors de l'allumage de la bougie et un éteignoir pour la moucher rapidement si besoin. Elle est proposé sur ce plateau, pour que l'enfant puisse facilement aller la chercher seul, et avoir à disposition tout ce qu'il faut pour la réaliser.

On voit ici qu'il va falloir, pour permettre l'exploration, regarder un peu plus loin que le plateau : si les expériences sont proposées dès la maternelle, c'est pcq c'est très tôt que l'enfant développe ce qui va progressivement devenir la démarche scientifique. Si les expériences sont préparées sur de petits plateaux, c'est pour que l'enfant n'ait pas à aller chercher son matériel et à le mettre en place. Pourtant, dès tout petit, une fois l'exploration simple de l'activité proposée sur le plateau assouvie, bien des enfants, comme les adultes de la petite vidéo, commencent déjà à raisonner en "et si", et si on essayait de colorer l'eau, et si on mettait deux bougies, et si on mettait plus d'eau, et si on noyait la bougie. Il est primordial de laisser la possibilité à cette recherche, cette exploration de se mettre en place. C'est la raison des TP en formation, il faut que les adultes puissent s'approprier l'expérience, la modifier, tester, patouiller, tâtonner, se tromper... 

C'est indispensable, pour deux raisons principales (mais il y en a d'autres) : indispensable parce que c'est un des rares moments ou l'adulte peut chausser les petits souliers de l'enfant, s'amuser, explorer, jubiler, comprendre ce cheminement de l'intelligence de la main cher à Maria Montessori, et c'est aussi indispensable pour préparer cet environnement scientifique, pour l'enfant. Si je n'ai pas, moi adulte expérimenté les possibilités d'exploration autour d'une expérience (et c'est aussi valable pour les reste du matériel Montessori), je vais avoir du mal à distinguer exploration et détournement, et je vais souvent stopper des choses très précieuses qui se mettent en place. Plus prosaïquement, si j'ai testé cette expérience que les canadiens appellent "Ma chandelle fait monter l'eau", je vais penser à mettre dans un rangement proche du coin science de ma classe des bougies de plusieurs tailles, des récipients différents, des bouteilles de colorant alimentaire dans un récipient pratique pour les petites mains... 

Dernière chose, tout aussi importante dans une classe que dans un centre de formation, chacun doit être conscient que l'expérience est destinée à être reprise par d'autres personnes et faire tout ce qui est à sa portée pour qu'elle retourne dans le coin science comme on l'y a trouvée. Pour les enfants, c'est principalement de nettoyage et de rangement qu'il s'agit, pour les adultes, il faudra aussi penser à ce qui dans la manipulation a pu modifier le matériel, par exemple ici, penser à changer la bougie si la mèche a été mouillée. 

SI l'aventure vous tente, voici le livre d'expériences, accessible dès 3 ans que j'ai écrit pour les éditions Mango, et qui pourra vous aider à mettre en place un coin science en classe ou tout simplement chez vous, à la maison. 

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